La question du port du voile ne se posait pas dans le temps jadis. On n’y pensait pas pour la bonne
raison qu'aucune femme, en France tout au moins, ne "portait le voile" , sauf aux enterrements, un grand voile noire qui couvrait le visage, pour ne pas montrer ses larmes sans
doute. «Jadis », pour moi, c’était autour des années 1970-75-76, au temps de la grande vague féministe qui balaya la France.
Or, en poursuivant l'archivage des écrits d'Ariane, ma chère enfant, j'ai retrouvé la lettre que je lui
avais adressée de Grèce, pays dans lequel mon travail m'avait expédiée, et qui concernait justement le fameux "voile islamique"! En la lisant, j’ai pu mesurer mon degré d’ignorance à
l'époque:
Vathi-Gythion, le 23 novembre 1976
Ma petite fille chérie,
Depuis dimanche soir, j’ai pensé à toi car je suis arrivée à Vathie-gythion
après un long voyage. [........] Ici, il n’y a pas de voiture, pas une seule. C’est incroyable. Ce matin, j’ai vu quatre paysannes qui cueillaient des olives. L’une de ces femmes avait
une écharpe sur la bouche et le nez, nouée derrière la tête. « Tiens, je me suis dit, elle a peut-être des boutons, comme moi, elle protège son visage! A moins qu’elle ait peur de
recevoir des bêtes dans la figure [en cueillant ses olives] ».
En fait, ma chérie, il s’agit tout simplement de ce qu’on appelle une femme
voilée : En grèce, en 1976, les femmes agées ne montrent pas leur visage !
Les jeunes ne se laissent plus faire. C’est un peu comme en Espagne
où l’on ne pouvait pénétrer dans une église bras nus ! [...]
[...] Je
t’embrasse,
Ta maman
Les jeunes musulmanes, en France, se laissent-elles faire aujourd’hui ? Pas si sûr ! Peut-être
couvrent-elles leur visage pour qu’on les remarque. Ça fait toujours plaisir, c’est vrai, de ne pas passer inaperçue, même si les gens ne savent pas qui on est !
Gisèle Grimm, la transcriptrice