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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 11:36

Dans les "lettres écrites dans les cahiers de mémoire", c'est-à-dire les lettres qu'Ariane a insérées dans son journal, y compris les lettres qu'elle adresse ou qu'elle reçoit de sa mère: "Grimm", nom qui sonne comme un crachat, on pourrait penser avec raison qu'elle la détestait.... Heureusement, il est des circonstances dans lesquelles Ariane "appelle" cette bonne ou mauvaise mère d'un joli nom : "Source". Par exemple lorsqu'Ariane fait le récit de l'accident de vélo qu'elle a eu à 15 ans, qui est comme la répétition générale de l'accident de moto dans lequel, 3 ans plus tard, elle trouva la mort. 

C'était le : Vendredi 30 juillet 1982

  Cette date est mémorable. Elle représente la journée la plus atroce que j'ai vécue dans ma vie. J'aimerais oublier à tout jamais l'abominable accident que j'ai eu en bécane ce midi.

  Quel souvenir amer!

  Quelle souffrance physique et même morale. J'ai l'impression de vivre une autre vie, je suis infirme. Je me sens faible, vulnérable, anéantie. Plus jamais je recommencerai mes exploits en meule. C'est fini de flamber à toute blinde sur la côte d'Azur! Mon engin est complètement morflé aussi. Moi, je suis traumatisée, je vis dans un cauchemar, je tremble à tout instant.

   Mais enfin que je vous raconte les circonstances terribles de mon massacre.

  Je roulais à vélo (plus haut, on peut croire qu'il s'agit d'une moto. Eh non! Heureusement d'ailleurs pour une fois) et puis je me disais: «Putain! quelle vitesse. Si j'avais une bécane, vous vous imaginez la flambe! Tiens, il n'y a pas de voiture, profitons-en pour tourner d'un seul coup sans freiner!»

  Et VLAM! Une caisse me saccage, me renverse sur la chaussée. Je suis traînée sur le trottoir sous les regards de tous les passants. C'est atroce. Je sens que j'ai un truc cassé tellement j'ai mal. C'est intolérable. Je râle de douleur. Une auréole gigantesque tache mon fut’ blanc. Le conducteur m'aide à le virer. Atroce! Je ne peux même plus regarder! Je tremble, je sanglote, je vois tout en blanc. Je m'allonge. Les secours sont appelés et j'attends, j'attends...


 

  Papa arrive. Un réconfort. Je suffoque. Que l'attente est longue! J'ai atrocement mal, je transpire, je grelotte, je tremble. Tous les gens sont figés sur moi, regardent ma blessure. Je suis morte de honte...

  Car quelques instants avant, je frimais à mort en fonçant parmi les gens ‑ les mêmes, qui me revoient en sang agonisant sur le trottoir. Mon vélo est complètement tordu, enfoncé, et ce qui l'a enfoncé, c'est ma jambe, en particulier un point. C'est là que j'ai eu ma perforation. C'est seulement par un point que toute la bécane est morflée. Oui, je sais pas trop quoi m'a enfoncée, m'a perforée ‑ peut‑être la pédale ‑ mais j'ai un énorme trou d'un centimètre de diamètre, profond, profond, rouge, d'où sortent des mares de sang. C'est abominable, j'ai un gros cratère dans la jambe. C'est la première fois que je vois un trou, un immense trou dans la peau. C'est hallucinant. Jusqu'où va‑t‑il? Les bords sont rentrés, ce trou est béant, gigantesque et profond. C'est absolument infect.


  Vous savez, dans ma frayeur, c'était pas le sang qui m'a fait peur mais le trou béant. Et puis tous ces gens qui me mataient comme une bête curieuse, y compris un mec avec qui je pouvais sortir! Me voir, ensanglantée, misérable, par terre, à cause d'un vélo… quelle humiliation! Ensuite se faire embarquer par les  pompiers.

  Voilà pour les douleurs morales. Et puis physiquement, c'est pratiquement intolérable. Je sens des tumeurs partout. Je vois des nouvelles blessures à chaque endroit. Je suis parsemée de sang...

  Dans l'ambulance... c'est interminable. Je ne tombe pas dans les pommes du tout. Je souffre terriblement. Tous mes muscles sont endoloris. Que cette douleur est intense et vive! A l'hôpital, enfin! on m'emmène pour des radios et ouf! j'ai rien de cassé! Papa est là.

  Je suis pas très consciente de ce qui se passe. J'ai juste peur pour les points de suture du trou béant. Enfin, on m'installe et on fait l'anesthésie. Je sens rien mais je sais qu'un gars me transperce la peau avec une aiguille...

  Je saute quelques détails de seringues enfoncées pendant quelques minutes pour vaccinations.

  Car le pire c'est que je suis complètement endolorie. J'ai des douleurs partout, et même à l'arrêt.

  On me ramène, morte de souffrance. Je m'allonge et je peux pas me relever.

Si Source m'avait vue agonisant sur le trottoir avec mon trou béant, comme un puits pissant le sang, inondant la surface de mes jambes...


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Published by Autobiographie - dans journal intime
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commentaires

Lmvie 28/10/2009 20:40


Ah voilà donc l'explication...une marque d'appareil photo !

Je te remercie d'avoir pris le temps d eme dire

Quel lapsus écrit tu as fait dasn ta réponse !... non je ne vais pas voir mon fils à Tours, mais mon autre fille...oui j'en ai deux et trois petits enfants.

Je t'embrasse




Autobiographie 29/10/2009 00:49


Fille au lieu de fils? Pas mal en effet!
Bises, non! Je t'embrasse,
Gigri


Lmvie 28/10/2009 17:01


Non mais ok je le sais que tu me l'as déjà dit...ce n'est pas ma question...

grimm signifie quoi ?

Un conte ? que veut dire se mot ?

Tu te grimes ?...je ne sais pa smoi mais il y a une raison à ce surnom c''était cela ma question

Bisous

Je suis absente jusqu'à lundi prochain je pars voir mon autre fille à Tours


Autobiographie 28/10/2009 19:32


Tu vas voir ton autre fils à Tours! Je suis contente que tu aies une grande famille (je le savais, tu m'en avais parlé) .  Et aussi que tu sois si curieuse des choses et des gens. Bravo Madame
Belle!
Grimm? C'est mon pseudonyme comme on dit. Mon nom est KLAVATZ (nom homgrois francisé). Difficile à retenir, facile d'être moqué : cravate... savate... Il fallait à l'époque (1955) pour les gens de
mon métier avoir un nom avec une double lettre : BB. DD. etc...
Mon prénom étant Gisèle, mon nom devait commencé par un G. (superstition?) Or, je venais de signer un contrat (chic!) avec une production située tout près des Champs. En sortant du bureau,
j'aperçois une boutique d'appareils photo qui s'appelait GRIMM. Il fallait que je trouve rapidement ... Zoup! J'ai pris le nom!
Suite: Au moment de la publication du journal d'Ariane, son père ayant exigé que l'on change tous les noms y compris celui d'Annick, je lui ai donné mon nom  Grimm et j'ai exigé de garder le
mien... pour me punir...  (LIEN)
Gisèle Grimm qui t'embrasse Belle


Lmvie 27/10/2009 23:08


Alors donc pourquoi Grimm ?



Autobiographie 27/10/2009 23:29



Je crois te l'avoir dit dans une réponse : "Grimm", c'est le nom qu'employait son cher papa quand il lui parlait de moi. Du coup, pour lui faire plaisir (elle l'adorait), c'est le nom qu'ils me
donnaient entre eux quand ils parlaient de moi (pour en dire du mal!). J'en aurais à dire la-dessus! Le journal en dit long!
Cela me donne des idées pour mes prochains articles: extraits du journal!
Bonne nuit,
Gigri



Lmvie 27/10/2009 23:07


Haine et amour sont indissociables , tu sais bien qu'une personne qu'on aime plus que tout, on ne peut que la haïr parfois et non la détester un peu...

Bisous


Autobiographie 27/10/2009 23:31



Machin l'a bien dit :"Je l'ai trop aimé pour ne point le haÏr". (A peu près)
BOnne nuit Belle et merci pour tes com.
GIgri



Lmvie 27/10/2009 18:18


Grim ne sonne pas comme un crachat pas du tout... !

Ecoute Grim Grim On dirait une sonnette de téléphone...ou...de vélo !

Une sonnette qu'elle a agité violemment en se faisant renverser par une voiture, elle t'a appelée oui elle t'a appelée mais nous les mères n'entendons pas tout...et c'est ainsi.
Elle aurait voulu que tu vois...elle le dit
Mais ce n'était pas la blessure externe qu'elle voulaite te montrer, mais toutes les autres


Je t'embrasse Madame Grim oui Madame


Autobiographie 27/10/2009 23:03



Ah! Madame la psychologue, voilà qui est bien vu.
Sache cependant que je n'ai jamais douté - depuis sa naissance jusqu'à aujourd'hui - qu'elle m'adorait. Haine et amour pour moi, elle l'a écrit dans son journal!
Quant à "Grimm", c'est le nom qu'employait son cher papa quand il lui parlait de moi. Du coup, pour lui faire plaisir (elle l'adorait), c'est le nom qu'ils me donnaient entre eux!
Tous les humains appellent leur mère au moment du danger et de la mort, tu le sais mieux que moi.
Je t'embrasse Belle,
Gigri



Mélodie 27/10/2009 11:15


Je me demandais, d'où vient ce nom, Source?

Très bonne journée à vous


Autobiographie 27/10/2009 13:55



En parlant,  je disais souvent "Tu vois, ce truc-là est SOURCE de .... ". Cela amusait beaucoup Ariane. Et, pour s'amuser, elle m'appelait "Source" dans notre conversation  -
et même dans ses lettres :
"les dernieres lettres" (lien)
Comme je suis touchée par votre intérêt pour Ariane.
Voyez-vous, même si je fais ce blog pour une seule personne, c'est important pour moi. Mais je me rassure, il a quelques aficionados!
Amitiés
Gigri



Mélodie 27/10/2009 10:57


Que c'est émouvant..Personne ne mérite de souffrir ainsi


Autobiographie 27/10/2009 13:46



Oui, c'est émouvant. Mais quand je l'ai lu après sa mort (avant, j'étais interdite de lecture du journal!), j'ai été frappée par sa qualité d'écriture. En pleine dépression, qu'elle ait eu
l'énergie de raconter ce qui venait de lui arriver m'a stupéfaite! C'est d'ailleurs après l'avoir lu que, sur les conseils d'une amie, j'ai pris la décision de faire publier son journal.
(je vais installer aujourd'hui la suite de ce récit)
Merci chère Mélodie



Renard 26/10/2009 16:56


Merci d'être passée me lire...
Je suis fréquemment passée ici, mais je ne PEUX PAS ENCORE LAISSER DE COM', j'ai perdu un fils et un mari et j'essaie juste de vivre avec ça... 
J'admire ton courage... 


Autobiographie 26/10/2009 17:05


Renard, c'est très gentil (plus que ça) d'être passée sur mon blog. D'ailleurs, il n'y a pas de commentaire à faire sur ce récit. JUste le survoler, comme tu l'as fait.
Je n'ai pas de courage. J'ai seulement le devoir de lire son journal dont elle m'a tant parlé sans me permettre de le lire.
J'apprécie que tu sois venue. Je viendrai avec plaisir te lire.


catiechris 26/10/2009 14:26


elle a vraiment eu un drôle de destin,
 comme tu dis une première avec cet accident de vélo,
 j'imagine celui avec la moto, comme si elle avait des prémonitions... à bientôt


Autobiographie 26/10/2009 14:37


Tu as raison: prémonitions! C'est ce qui impressionne quand on lit son journal qui est comme la chronique d'une mort annoncée.
Bonne journée à toi.
Gigri


Nettoue 26/10/2009 14:24


Pauvre petite ! Elle a eu son lot de souffrances avent le grand trou final ! Comme un mauvais coup du destin !
ises mon amie
Nettoue


Autobiographie 26/10/2009 14:39


Merci Nettoue : oui! "lot de souffrances". Heureusement qu'elle a écrit son journal qui, lui, la fait vivre et la fait aimer!
Je t'embrasse,
Gigri


Présentation

  • : autobiographie
  • autobiographie
  • : Description : Je suis la mère d'Ariane Grimm (1967-1985), dont vous voyez ici la photo. Ariane est une jeune diariste qui a beaucoup écrit et dessiné dès l’âge de sept ans et demi… et… jusqu’à dix-huit ans. Après sa disparition dans un accident de moto, j’ai fait publier les dernières pages de son journal chez Belfond (1987), puis « j’ai lu » (1988), et je publie ici ce qu’elle avait précieusement « archivé » : des pages choisies de ce qu’elle appelaient ses «œuvres ». J'ajoute qu'Ariane sera très présente au cours du premier Festival du Journal Intime qui va avoir lieu à Paris les 15,16,17 septembre 2017.
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